Les collectors

Le service marketing de Mercury Polygram nous a habitué depuis toujours à des promo assez exceptionnels dès qu'il s'agit de Zazie. Les collectionneurs connaissent les déjà quasi mythiques livrets promo de "Zen", "Un point c'est toi" et "Homme sweet homme". On attendait donc Mercury au tournant, on n'a pas été déçu. Le programme de promotion de "Made in love" est à la hauteur de l'événement.

D'abord le single, premier extrait de l'album, "tous des anges" inaugure une box promo contenant le single monotitre dans sa version digipack. La tranche du CD porte la lettre Z, on en déduit logiquement qu'il reste à remplir la boîte avec les lettres a, z, i, et e. En termes clairs, collectionneurs Zaziemaniacs faites des économies, l'aventure des singles promo ne fait que commencer.

Quant au promo de l'album (que nous, cools qu'on est, on vous montre en tête de la présente page), il s'agit d'une jolie boîte qu'elle est jolie, avec une photo inédite de Monsieur Mondino lui-même. A l'intérieur, un calque avec un texte de Howard Buten qui, non content d'être anglo-saxon et d'avoir écrit un des livres préférés de qui-vous-savez ("quand j'avais cinq ans je m'ai tué"), nous dit aussi tout le bien qu'il pense de Miss Zazie. Sous le calque, la plage. Six photos plein cadre extraites de l'album mais imprimées en grand sur du beau papier, et sous les photos l'album - enfin - dans sa version digipack. Tout cela est drôlement bien fait. Et qu'est ce qu'on dit ? Merci Mercury.

Ah, oui, petit détail à divulguer. Comme tout ce qui touche à la Miss Z., les objets promo atteignent parfois (souvent) des côtes absolument déraisonnables. Et là vous me dites, comment sait-on qu'une côte est déraisonnable ? C'est simple. Si, lorsque le vendeur vous annonce le prix, votre première réaction est de vous dire "oooops! c'est cher!" c'est que la côte est déraisonnable (non, ne me remerciez pas, de rien).

A bientôt, pour de nouvelles nouvelles du front.

Agathe MC

Les collectors, le retour.

Ma grand-mère le sait bien et le répète à l'envi, on n'est jamais si bien servi que par soi-même. Zazie nous avait dit qu'elle confierait le remix de ses chansons à des gens dont c'est le métier. Vous avez sans doute remarqué ces derniers temps la recrudescence des remix, de Brel à Noir Désir. Donc Zazie n'a pas échappé à la règle du "je prends ta chanson je la bidouille je la massacre et je dis que c'est de l'art". C'est comme César avec les bagnoles mais sans les voitures. En plus je me choisis un nom bien de chez nous - donc anglo-saxon - et yooooo en avant la carpette! Ca donne "boum boum tout le monde" revu et corrigé par Replicant (allusion fine à Blade Runner, I presume), Alex Gopher (...) et Readymade (comme la soupe, tiens en voilà un qui porte bien son nom tellement c'est imbuvable). Je ne sais pas qui est responsable de ça chez Mercury, un seul conseil: virez-le (la). Le seul détail sympa c'est le CD qui ressemble à un petit vinyl.

Tiens, pendant qu'on est dans les boulettes, trouvez-moi l'imbécile qui a choisi de mettre la plus belle chanson de l'album (la preuve par trois) en second titre sur le single "ça fait mal et ça fait rien". C'est le genre d'erreur marketing qui me rend malade. C'est comme si Axelle Red avait fait l'impasse sur "rester femme" ou si Obispo avait collé "lucie" en second titre... (j'apprend à l'instant de source sûre que "lucie" figurait en deuxième titre du single "personne", aheum... Nobody's perfect.)

Côté collectors, sortez le porte-monnaie, je récapitule. D'abord la version promo monotitre standard, puis le single deux titres commercial, les trois versions boum-boum remix en pochette blanche, ça fait cinq, ouf... Non, c'est pas fini! Les bougres ont aussi ressorti l'album avec le remix replicant en treizième titre. Et je me suis laissé dire que le titre va aussi sortir en digipack, troisième lettre (z) du coffret des singles.

Zazie, c'est bon pour ce que vous avez mais c'est pas remboursé par la sécurité sociale.

La critique de l'album

Quand on a commis un album du calibre de Zen, qui, je le rappelle pour ceux ou celles dont la mémoire n'excéderait pas le mois en cours, contenait des pièces sublimes comme "au diable nos adieux", qu'on vient de recevoir une Victoire de la Musique (euh... pour quoi au fait ?), qu'on chante partout qu'on a signé l'album toute seule (sans Obispo ? elle est maso ?), qu'on fait partie (qu'on le veuille ou pas) d'une certaine élite politiquement correcte, on a toutes les raisons de craindre la sortie de son petit troisième.

Mademoiselle Zazie n'a pas froid aux yeux. Le petit troisième est donc un garçon, si j'en juge par l'ambiance bleutée de la couverture signée Mondino, qui habille les courbes et les volutes (au menthol?) de la maman qui nous rappelle à l'envi qu'elle aime autant les jeux de mots que les jeux de mains. Le soin apporté au design du CD lui-même - regardez-le, touchez-le - en est la preuve. Cet album se doit d'être parfait.

Première écoute. Quelques secondes de blanc, et puis deux notes en sourdine et enfin la voix qui surgit, douce et sensuelle, chaude comme un matin d'été, suave comme de la crème au beurre. Pas de doute, vous venez de décoller sur Zazie airlines. Le ton est donné. "Tous des anges" c'est Zazie le retour, une claque qui vous réveille des mauvaises odeurs de la vie. Et puis on reconnaît tout de suite les vieux amis qu'on a l'impression d'avoir quitté la veille. Pierre Jaconelli tient la guitare et signe une partie des arrangements. Pierre est brillant, Pierre est un Bordeaux, un Grand Cru Classieux qui bonifie avec les années. En plus, Pierre sait sortir des sons épatants de sa Gibson, des clés qui me servent de repères. D'ailleurs les habituels magiciens d'OZ (Obispo/Zazie) sont là, Mishko le facétieux bassiste et Christophe Voisin aux claviers. "Tous des anges" a des accents orientaux, le morceau est servi de main de maître par une section de cordes dont le timbre ne peut me rappeler que des souvenirs lumineux puisque les cordes sont arrangées par (Philarmo) Nick Ingman lui-même. Quant aux textes, pas l'ombre d'un doute, c'est du Zazie Pur Sucre: "vous vous saoulez de vitesse d'or et d'excès de richesse Belle ivresse que l'or coulant de vos doigts".

C'est Zazie et personne d'autre, parce qu'au fond qu'est-ce qui ferait que la couleur des mots change. Avec "Made in love", Zazie nous livre des morceaux de vie, des pans entiers de douce mélancolie. La vie "ça fait mal et ça fait rien", réglement de compte avec les "femmes téfales", Zazie cultive l'ambiguité des mots comme d'autres cultivent des roses. Les chansons de Zazie sont plus que jamais truffées de mots à sens multiples, autant de chausse-trappes dans lesquelles l'auditeur risque de se perdre. Mais quand on écoute attentivement on peut saisir des mots qui font mal et qui sont autant d'aveux de douleur et d'impuissance.

Et puis Zazie nous sert son "Made in love" comme pour effacer d'un revers de main la craie marquée sur son tableau noir, elle se rebiffe et se fait moqueuse des pinups à gros seins newlook et conclut sur un "mesdames si l'on nous aime c'est pas pour ce qu'on ajoute ou qu'on enlève mais pour ce qu'on a et qui brille là au fond de nos yeux". Les mots fusent - tchac - comme un coupe-coupe dans la savane. La suite séduira moins les informaticiens et autres membres du binaire, puisque la Miss (qui a gardé son coupe-coupe à la main) nous fait une taille en règle - en vrac - d'internet, des consoles de jeux et tutti quanti, nous grattifiant au passage d'un assassin "cyber, on est fier de ne plus être humain". L'image d'Epinal me turlupine, no comment. D'autant que Zazie nous sert maintenant l'alter ego de son "au diable nos adieux" version "made in love".

Que dire de "la preuve par trois" tant cette chanson est un moment unique et frôle l'absolue perfection. Zazie réussit là une sublime adéquation mots, musique, arrangements, dans un état de grâce, un de ces moments de pureté où tout ce qu'elle touche devient or. Avec "la preuve par trois" Zazie se fait magicienne, sorcière ou alchimiste. Envoûtante, son élégance me subjugue, son talent me déconcerte.

Zazie souffle le chaud et le froid, me réveille de ma douce somnolence avec une chanson rigolotte "tout le monde" que je verrais bien comme tube de l'été (ça nous changerait des habituels tronçons insipides), mais pas du côté de Vitrolles à moins que Jean-Marie ait acquis le sens de l'humour d'ici à cet été ce qui m'étonnerait autant que de voir Montserrat Caballe chanter "shoop-shoop song". Zazie nous ressert une tranche de son mal-être dans une autre chanson, comment dire, pardonnez-moi j'ai déjà utilisé la plupart des superlatifs et je ne voudrais pas vous donner l'impression de redites.

L'intro de "sous le voile" commence comme une marche plaintive, comme un tempo de souffrance. La voix se fait suppliante mais jamais soumise, "pour que le monde n'oublie pas" qu'à deux pas de chez nous, pas si loin d'ici, de l'autre côté de la mer, on voile des femmes pour mieux les faire taire.

Avec "stop" Zazie nous sert une chanson plus conventionnelle mais traitée sur un mode doux-amer. Enfin, "chanson d'ami" dont les notes sont mises bout à bout et arrangées ensemble par Phil Baron (oui, oui, lui-même) sur des mots qui coupent comme le rasoir: "ça n'est pas parce qu'elle a prix ma place, pas pour ça que je t'en veux, si tu n'veux plus de moi, autant se quitter".

François Truffaut le disait souvent, l'amour fait mal. "Made in love" est un album aux couleurs contrastées, bleu, bleu profond, bleu comme les mots, bleu comme le blues, bleu comme un soir ou rien n'est vraiment triste et où tout est mélancolie. Mademoiselle Zazie nous sert un troisième album doux, un voyage sentimental profondément humain et réussit incontestablement son pari audacieux. En entrant dans votre collection de disques, Zazie gagne sa plus belle victoire.

Agathe

www.cekizazie.com c'est la collection et la discographie, agrémenté de petits couplets de variété et de chanson française et tout savoir sur la Zizanie.